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Chouilly les Bilots

Juillet 2012 .

Le tour de France quitte Epernay pour Metz .

Si quelquefois il faut que les coureurs soient attentifs aux imprévus de la route, ils n’auront rien à craindre aujourd’hui en quittant le premier village . Pourtant, toutes ailes déployées, une gigantesque oie de métal semble vouloir les poursuivre à la sortie de Chouilly .

Chouilly-les-bilots, très exactement .

Ah, dites-vous, qu’est-ce que cette oie – qui, n’en doutons pas , a sa raison d’être - peut bien faire là, figure de proue d’un village champenois ?

Ecoutez-donc Michel qui vous explique le long passé local de cette volaille .

De tout temps, le bilot fut à l’honneur ici . Ne figure-t-il pas sur le blason du seigneur de Chouilly ? Quitte à outrer les héraldistes chevronnés, je le décrirais à ma façon :

Sur fond bleu, un grand V rouge inversé partage le blason en trois zones . et si les trois volatiles ainsi répartis chacun dans leur parc, sont tout à fait identiques, n’en doutons point, c’est bien qu’il s’agit d’une seule et même famille : sans doute le gaude, la bile, et, au-dessous, sous la protection déployée des deux ailes de la bande rouge, le bilot .

Certains vous diront que bilot est un terme générique qui désigne toute l’espèce . Peu importe .

J’en ai même connu une variété très locale, à l’Ecole Normale de Châlons sur Marne . ( oui oui, à l’époque on était à Châlons sur Marne et pas à Châlons en Champagne ) et les élèves de deuxième année étaient nommés bilots et bilotes , allez savoir pourquoi , entre les véters de troisième année et les pompiers arrivant .

Bref, excusez la digression et revenons à nos oisons .

Peut-être le seigneur de Chouilly habitant le château n’était-il, au bout du compte, et comme bien des petits hobereaux, qu’un gros fermier éleveur de volailles ?

Aujourd’hui, avec nos goûts de luxe, on laisse les oies au Périgord et aux fêtes de fin d’année, mais n’arrose-t-on pas Noël au Champagne ?

Et voilà la reconversion de Chouilly !

Ce qui ne s’est pas fait aussi facilement :

Dans les années 10-20, il ne faisait pas bon être vigneron . Pylloxéra, mauvais temps, lutte des « Jacques » de Champagne pour la reconnaissance de l’appellation, sont encore dans toutes nos mémoires .

Michel se souvient de son grand oncle, qui, pour pouvoir simplement se nourrir, disait avoir arraché les vignes et planté des pommes de terre .

Cependant, Chouilly avait une chance par rapport aux villages tels que Cramant ou Oger . Ceux-là, sur le flanc de la colline et en terrain sec, ne pouvaient que produire ce raisin dont la mévente se poursuivra jusqu’aux années 50 .

A Chouilly, c’est la plaine, la plaine humide, entre les Tarnauds et la Marne, la plaine grassement irriguée par les débordements de la rivière, et l’agriculture y garda longtemps droit de cité ( droit de prairie, plutôt ! ) . Et sur ces prairies, les vaches pouvaient paître à leur aise ; les villageois y récoltaient le foin que ceux de Cramant venaient acheter pour leurs chevaux .

Et surtout, il y avait les oies .

Eh oui, les revoilà, et à plein troupeau .

Dans la rue de l’allée, dans la rue du pont, autour de l’abreuvoir, voilà leur trajet du matin .

La gardienne municipale les conduisait toutes ensemble vers leur zone de pâturage, là où maintenant s’étend le jardin humide . Ils se gavaient tout le jour, les bilots . Leur prédilection ? l’herbe aux cinq feuilles, appelée aussi herbe aux oies, voire herbe à bilots . Enfin, pour l’ignorant qui prétend connaitre le nom des plantes, on ira jusqu’à lui préciser qu’il s’agit de la potentille .

Gavées, les oies , et pas par ce maïs artificiel des fermes d’aujourd’hui !

Gavés, les bilots, de bonnes herbes assaisonnées d’escargots et d’air pur, et rafraîchis dans les mares du voisinage .

Les voilà qui maintenant remontent vers leurs fermes respectives, et, croyez moi ou non, ils savent la reconnaître . Nous, pas . Mais elles, les oies, elles savent, entre tous ces portails, ces cours de fermes grandes ouvertes sur la rue, qui nous semblent toutes semblables, elles savent reconnaître leur domaine et, bilot d’ici, bilote de là, chacun retrouve sa propre demeure sans intervention de leur surveillante .

La gardienne communale, elle, se contente de suivre sans se faire de bile .
( Vous m’en voudriez de ne pas voir placé ce jeu de mots ! )

Alors, et puisque , ami lecteur, vous attendez bien sûr la sacro sainte formule, je vous la servirais en conclusion :

Oserez-vous encore et jamais dire « bête comme une oie » ?

En tout cas, à Chouilly, on continue d’être bilot de père en fils.

Et fiers de l’être .

Françoise GRAUX

NDLR : texte écrit à la plume d’oie comme Voltaire ?




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